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Mon petit frère est Prêtre pour l'éternité

 

 

Mon petit frère

est Prêtre

pour l’éternité !

 

 

Témoignage d’un frère d’un nouveau prêtre

avec l’aimable autorisation de son auteur, publié sur http://www.sacristains.fr/2010/06/29/pretre-pour-leternite/ Blog www.sacristains.fr , Posté par le chafouin le 29.06.10

 « Me voici! » Quand c’est ton petit frère qui prononce ses mots, avec sa petite bouille de garçon d’à peine 25 ans, et qui vient se positionner devant son évêque, prêt à entrer dans la sainte Eglise de Dieu, tu réalises enfin ce qui se passe. Un don de soi plein et entier. Un don de soi sans concession. Quelque part, un abandon pour sa famille. C’était dimanche, jour traditionnel d’ordinations presbytérales dans de nombreux diocèses.


Je me souviens, c’était juste avant les vacances, il faisait chaud, c’était en 2003. On était tous réunis autour d’une table, pour l’apéro familial. Il venait d’avoir son bac, il n’avait que 16 ans. Finalement, il n’allait pas faire droit comme il l’avait malicieusement prétendu. En fait, il allait plutôt faire prêtre. Il y a moins de chômage dans la branche. Quand tu apprends ça, une onde sismique te parcourt le corps. Tu te rends compte que la vocation est née à côté de toi, a germé à côté de toi, s’est enracinée à côté de toi, sans que tu t’en rendes compte. Sans même que tu aies un seul signe avant-coureur ou le moindre doute.
Et puis il y a le déchirement. Tu as beau appartenir à une famille très catholique, comme on dit des rois d’Espagne, tu as beau avoir prié pendant des années pour les vocations, et même si tu bénis cette décision, il y a forcément un moment où tu te surprends à te demander : « pourquoi lui, mon Dieu ? »

Pourquoi lui, donc ? C’est dur, la vocation. Va-t-il persévérer ? Est-ce une idée sérieuse ? N’est-il pas trop jeune ? L’époque n’est pas facile pour les prêtres. Ils en bavent. Les croyants décroissent, mais les consommateurs de sacrements, eux, sont toujours aussi nombreux. Sera-t-il assez fort ? Et puis, il faut l’avouer, un égoïsme naît : pourquoi justement lui ? Des garçons, y’en a plein. Pourquoi vais-je devoir me séparer de lui ?
Un petit frère, une fois passé l’âge des chamailleries, c’est un complice. Quand tu as fait des barrages ensemble dans le ruisseau, que tu as découvert ensemble les Beatles ou que tu lui as appris à tirer sur une cigarette, tu ne t’attends pas à ce que tout ça se finisse au bac. Tu es égoïste, au fond de toi. Car on ne va pas se mentir : un frère séminariste, qui plus est dans une communauté, c’est pas un frère étudiant en commerce. Tu le vois moins aux open bar, aux week-ends familiaux, et même aux vacances. Tu dois dire adieu à tout un passé en quelques mois. Cela reviendra sous une autre forme, sûrement, mais en attendant, c’est le vide, le manque, la distance…

Car être prêtre, c’est aussi ça : renoncer au monde. J’ai vu la manœuvre s’amorcer peu à peu, au fur et à mesure que le séminaire avançait. On n’est pas prêtre d’un coup. D’où l’intérêt d’une longue formation, qui permet non seulement de vérifier à qui on a affaire, mais aussi à l’intéressé de se dépouiller d’un certain nombre de choses. Il faut, sans doute, se délester pour s’élever vers Dieu.
Et puis il y a cette détermination, cette envie de se consacrer totalement, de s’abandonner à son Créateur. J’ai vu l’amour dans ses yeux, je le vois encore. Confier son frère à l’Église, c’est exactement comme le conduire à l’autel avec sa fiancée : tu sais que désormais, il appartiendra à une autre famille, et qu’il en sera heureux! Qu’il n’y a que ça qui peut le rendre heureux.
La sienne, désormais, c’est l’Église, c’est sa communauté, c’est sa paroisse. Dimanche, il a reçu l’imposition des mains. De son évêque, et d’une centaine de prêtres de son diocèse. Il s’est prosterné la face contre le sol, avec trois autres diacres, le temps d’une litanie des saints absolument saisissante. Un véritable appel au Ciel, relayé par des orgues rugissantes. Ma mère tremblait, devant. Moi, je pleurais. Et puis, il y a le saint-chrême, la remise de la chasuble. Le sourire radieux du frangin.
Ce « Me voici ! » signifie cela : un don total au Christ et à l’Eglise. C’est quelque chose, quand même. Et le lendemain matin, hier donc, c’était la première messe. La première consécration. Là, ça y est. Il est prêtre pour l’éternité. Un aboutissement ? Non, un nouveau départ. Un départ tout court…

 
 
 
   
Apostolat de la Communauté de l’Emmanuel au service de l’Eglise
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